Forum RPG sur la série Once Upon A Time
 
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 « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan

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MessageSujet: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mar 25 Déc - 20:53

Aigéan & Eléazar
« Il était une fois une petite fouineuse… »

« AIGEAN !!! C’est toi qui a pris mon gloss melon ?! » Je levai les yeux au ciel. Andréa, ma sixième sœur de seulement un an mon ainée, était la pinup de la famille. Elancée, mince, blonde aux cheveux longs et ondulés, elle est pourvue de deux iris bleu lagon. L’apparence était chez elle très certainement la chose la plus importante qui soit. Toujours obligatoirement bien apprêtée, coiffée, maquillée, elle ne se sentait bien que lorsqu’elle était la plus jolie de toutes. Me concernant c’était une autre paire de manches. Avec mes autres sœurs nous avions déjà pris conscience que sans artifice nous étions déjà très jolies : pas la peine d’en faire tout une histoire, d’autant plus que je n’avais pas la moindre envie de plaire à qui que ce soit. Encore ce vide songeais-je en pensant à Archi. « NON ! » Hurlai-je pour toute réponse par-dessus la balustrade. « ALEXYS !!!! » Raaah ce vacarme ! Nous n’étions plus que quatre à vivre dans la maison avec mon père, mais mes sœurs étaient souvent présentes, pour telle ou telle raison : une vraie fourmilière, en somme, tout à fait incompatible avec mon caractère de sauvage née !

Souhaitant m’exiler de ce brouhaha de midinettes, je me dirigeai dans ma chambre et m’habillais pressement pour sortir. Un coup d’œil à ma pendule murale m’indiqua que Nolan était en train de donner un cours, je ne pouvais donc pas lui rendre visite. Je n’avais plus qu’à aller dans mon endroit favori : la boutique de monsieur Gold. Cet homme était l’objet de grand nombre de discussions dans la ville. Tout le monde se méfiait de lui, disait qu’il était mauvais, peut-être pire que Régina, notre maire, elle-même. Moi, je trouvais qu’il y avait quelques choses de très intriguant chez lui, un peu comme s’il avait un immense secret qu’il tentait de garder, comme s’il savait des choses que nous ignorions. Rumeurs ou vérité, peu m’importait, ce que j’aimais chez lui était la boutique dont il était le propriétaire. Mr Gold était antiquaire et sa boutique regorgeait d’objets divers et précieux qui me fascinaient totalement. Je passais beaucoup de temps à arpenter les grandes étagères, mais plus encore à regarder ce grand rideau qui semblait dissimuler une arrière boutique dans laquelle, j’en étais certaine, se trouvaient des objets encore plus précieux encore. Malheureusement, mes visites avaient dû s’écarter un peu. En effet, le propriétaire semblait de plus en plus intrigué par ma présence de plus en plus régulière. Me prenait-il pour une voleuse en repérage ? Pour une fouineuse à la recherche d’un secret ? Je n’en savais rien, mais toutes ces rumeurs m’avaient quand même persuadée que mieux valait ne pas me faire de Mr Gold un ennemi.

Il ne me fallut qu’une dizaine de minutes pour atteindre la fin de la Grand Rue. La ville n’était pas très vive en ce milieu d’après midi : tout le monde travaillait ou était à l’école. Mes études avaient l’avantage – ou le désavantage – de m’offrir beaucoup de temps libre. Après quelques secondes d’hésitation, je poussai finalement la porte de la boutique où la pancarte accrochée affichait la face « open ». La petite clochette retentit, prévenant de mon arrivée. Je m’attendais à voir débarquer le propriétaire des lieux instantanément mais ce ne fut pas le cas. Mr Gold s’était-il absenté quelques minutes ? Cette idée m’enjoua : peut-être allait-je enfin découvrir ce qui se cachait derrière ce fameux rideau. « Y’a quelqu’un ? » Je tournai la tête de droite à gauche, et une fois certaine qu’il n’y avait personne, je m’approchai lentement vers le comptoir. La boutique aurait pu effrayer n’importe qui, tellement étroite, tellement encombrée. Mes yeux se posèrent sur une bouteille dans laquelle se trouvait un bateau en modèle rétréci. J’aimais les bateaux, mais cette fois-ci, mon but était tout autre. Je continuai de m’avancer vers ce comptoir, réduisant la distance au fur et à mesure, guettant aussi le moindre petit bruit qui aurait pu trahir la présence de quelqu’un. Mes mains se posèrent alors sur le bois du comptoir. Je me mis sur la pointe des pieds et me penchai en avant pour écouter ce qui se passai dans l’arrière boutique, sait-on jamais.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mar 25 Déc - 23:11




« Cave Canem »


Le ciel vire au rouge sang. Je cligne des yeux. A nouveau les ténèbres sanguinolentes. Je respire par à-coups. Mes poumons se vident de leur précieux oxygène. L’air me manque. J’étouffe. C’est le début d’un énième jour, toujours le même, jamais inchangé, inlassablement identique. Et cette sensation d’enfermement qui me bloque la gorge…J’ai tout essayé. Plantes médicinales, injections, drogues, acupuncture, un peu d’obscure magie. Rien n’y a fait. Depuis que je vis à l’air libre, je n’ai jamais eu autant l’impression d’être emprisonné dans mon propre corps. Je la vis très mal cette maudite condition humaine.

Mes membres sont ankylosés, les crises de paralysie sont de plus en plus virulentes et de plus en plus rapprochées. Je devrais peut-être dormir debout afin de m’éviter ce gourmand moment de torture qui se répète matins après matins. Je prends appui sur des béquilles, me traîne jusqu’à la salle d’eau, fais une toilette rapide. J’évite de croiser mon regard écarlate dans le miroir. J’avale quelques comprimés, m’empare d’une pomme et d’un paquet de biscuits entamé, puis quitte l’appartement. Une fois la machine lancée, tout semble aller pour le mieux.

Dans l’arrière boutique, je confectionne mes potions, sérums de vérité, onguents et autres énigmatiques offices dont on préfère ignorer la teneur. Je passe des heures à entretenir les plantes de ma petite serre. C’est un travail de titan qui vous demande une extrême rigueur. Alors que je m’apprête à nourrir le perroquet, Iago de son petit nom, qui sommeille sur son perchoir, Gold fait irruption dans l’atelier qui m’est spécialement réservé. Vous l’aurez aisément compris, lui et moi cohabitons. Nous sommes des collègues de boulot et cela fait parfaitement notre affaire si vous voulez mon avis. Qu’est-ce qui peut bien l’amener ? Ce n’est jamais anodin. Jamais.

Dans un mouvement d’impatience, le bec de l’oiseau manque de me piquer un doigt. L’homme à qui je dois toujours trois faveurs me toise et m’informe qu’il doit s’absenter pour le business. Pas la peine d’insister, j’ai compris la situation. Cependant, il me lance une remarque que je ne peux guère éluder vu le ton inquiétant et suspicieux qu’il emploie. La fille. Elle viendra.

Je hoche la tête en signe d’assentiment silencieux. Il me confie la boutique. Je me lève péniblement et me rends à l’autre bout du bâtiment. J’ose à peine toucher des yeux toutes ces merveilles accumulées. Je les effleure seulement sans réellement m’attarder. Un bruit suspect aiguise ma prudence et ma discrétion. Je déboule dans l’entrée avec la sensation qu’un danger me nargue. Je tire le rideau qui cache en partie l’antichambre des curieux impertinents. Je défie l’intruse d’un regard peu amène, presque furieux même si tout le corps reste placide. Elle est là, se penchant drôlement sur le comptoir.

« Vous désirez ? » l'apostrophé-je durement.

La voix du professionnel s’élève, douce, onctueuse et qui aurait pu être aimable en d’autres circonstances. « M. Gold s’est absenté. Je le remplace provisoirement. Si je puis cependant vous être d’une quelconque utilité, je reste à votre entière disposition. » Un petit sourire sardonique et enjôleur m'échappe. Traduction : « pas question de te laisser fouiner allègrement ». Sur la porte, on verrait bientôt un panonceau annonçant : attention, chien méchant.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Jeu 27 Déc - 10:17

Mon rythme cardiaque s’était anormalement accéléré. Le stress ? L’adrénaline ? La peur de me faire prendre ? Mais prendre de quoi au juste ? Je n’avais rien fait de répréhensible pour le moment. Pour le moment… « Et d’où te vient cette curiosité, semble-t-il, jamais assouvie penses-tu ? » La voix doucereuse d’Archibald résonnait dans ma tête. Il avait tant de questions sur moi-même auxquelles je ne savais répondre … Je me penchai encore davantage, éveillant mes sens, élargissant le champ de mon ouïe. Personne. Soudain le rideau fut violemment tiré, découvrant ainsi un corps grand et mince, dégageant une froideur presque macabre, déstabilisante, effrayante. Pire : ce n’était même pas monsieur Gold qui se tenait là devant, me fusillant du regard, ses pupilles m’indiquant qu’il avait très bien saisi mes intentions. Cet homme, je ne l’avais jamais vu, en tout cas, pas que je sache. Cette vision me fit instantanément sursauter, me propulsant à plusieurs centimètres du comptoir en bois. Je vacillai, mes mains rencontrèrent quelques objets encombrant de cette barrière de bois qui tombèrent au sol sans que je puisse tous les rattraper.

Je me baissai rapidement et ramassai à la hâte le petit bibelot de bois qui était à terre. « Vous désirez ? » Je me relevai, embarrassée, les joues aussi colorées que mes cheveux. « Je… Désolée, je ne m’attendais pas à ce que vous… » Dis-je en bredouillant, symptôme bien connu du coupable qui vient de se faire prendre. L’homme me fixait de son regard glacial, me mettant bien mal à l’aise. Réalisant que je tenais toujours entre les mains un objet qui ne m’appartenait pas, je le reposai rapidement mais avec délicatesse – c’était un miracle que rien n’ait été cassé, je n’allais pas commencer maintenant. Mes yeux, impuissants face aux éclairs que me lançaient ceux de mon interlocuteur, se posèrent de nouveau sur ce bibelot qui me rappelait étrangement quelque chose. C’était une petite figurine taillée dans le bois, peinte à la main, qui ressemblait à une danseuse des rues comme il en existait jadis. Je plissai les yeux pour mieux la contempler, mais déjà l’homme repris sur un ton posé mais bourré de sous-entendus. « M. Gold s’est absenté. Je le remplace provisoirement. Si je puis cependant vous être d’une quelconque utilité, je reste à votre entière disposition. » Je déglutis.

La vérité, c’est que la seule chose qui m’intéressait réellement était d’outrepasser ce foutu rideau. Il y avait quelque chose d’attrayant derrière, comme si un fil invisible m’y attirait pour me faire découvrir je ne sais trop quelle chose susceptible d’avoir un rapport avec ma vie. Outch, il fallait vraiment que je retourne voir Archi, et vite, mes délires reprenaient de plus belle. Le problème, c’est que ce monsieur attendait une réponse, et vite. « Je… En réalité, je voulais savoir si vous aviez… » Réfléchis, réfléchis, viiiiite « …des… » Je venais de quitter la maison pour ne pas aller vers l’eau. L’eau. Non, rien ne me venait. Mon père était là et il… Il discutait avec l’artisane peintre venue pour faire une immense fresque sur le mur du salon ! « Des boites à peintures ! » bingo ! La machine était lancée. « Vous savez, du genre en bois, à l’ancienne, très travaillées, joliment décorées dans lesquelles peuvent tenir plusieurs pinceaux et des tubes à peinture, des petits chiffons et tout ça… Mais largement transportables à une seule main ! » Dis-je en mimant mes gestes, haletant presque sous le flot de paroles que je venais de débiter en un rien de temps. « C’est pour un cadeau. » ajoutai-je hâtivement comme pour justifier ma demande. « Je n’en ai pas vu dans la boutique, mais je sais que monsieur Gold a une réserve et hummm… » Ajoutai-je en me hissant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir l’arrière-boutique. Mes yeux disaient « juste là derrière, n’est-ce pas ? Soyez chou, on sait tous les deux que j’ai raison : derrière ce rideau se cache une mine d’or ! ». Je ponctuai le tout par un sourire radieux… Mais je n’étais pas sûre que le tout ait pris.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Jeu 27 Déc - 11:34




« Broken dream »


Cheveux roux, sourire angélique qui n’en est pas un, curiosité malsaine qui se réverbère sur une petite moue mutine. J’aurais dû m’en douter. On ne s’est jamais croisés auparavant, je parle évidemment d’un passé antérieur. Mais quelque chose me dit que nous venons de ce même monde oublié. Il y a des indices qui ne trompent pas !

L’air est salé soudain. J’entends les berceuses marines. Un parfum éthéré me parvient et m’envoûte. Une voix mélodieuse me dicte mes actes. Ma main se crispe. Comment résister à pareil chant ? Mon âme résonne et lui répond. Mon cœur de noirceur est à toi. Il t’appartient. Viens…Je ferme à demi les yeux. Je focalise mon esprit. Je décortique chaque pan de l’attraction qu’elle exerce bien malgré elle sur moi. Elle ne m’aura pas. Je devine qui se cache en elle sans pour autant être en mesure de l’expliquer. Le charme se rompt. Cela n’a duré que quelques secondes. Je reprends mon souffle lentement.

Puis je braque derechef mes pupilles mordorées sur la petite impertinente. La cicatrice à mon œil luit dans l’ombre de mes cils. Elle débite à toute allure son mensonge. Si son nez venait à s’allonger dans les minutes à suivre, je n’en serais même pas étonné. Ça sent la combine foireuse. Un cadeau, ben voyons. Elle se transfigure en sainte maintenant. J’attends que son histoire à dormir debout prenne fin, le nerf à ma tempe s’impatiente et ma main droite pianote sur le comptoir avec agacement. Je me délecte de la façon dont elle s'embourbe cependant. Elle semble plutôt douée dans ce domaine. De même que sa maladresse innée. Je fulmine silencieusement quand les objets s’éparpillent sur le sol. La massacrer à coups de canne…rien ne m’aurait fait plus plaisir. Mais laissons cela au domaine du fantasme éveillé. L’objet qu’elle détient produit un effet sur elle et, bien que je ne puisse comprendre pareil phénomène, je me doute que c’est important.

Ma voix enrobée de miel reprend les rennes de la conversation. « Balivernes. » Je rejette tous ses arguments fallacieux. C'est à croire qu'elle s'est entraînée devant sa glace avant de venir. « Ne me faites pas perdre mon temps. Je sais ce que vous voulez au plus profond de vous-même. Si je vous montre ce que vous désirez le plus au monde, vous quitterez la boutique ? » Question rhétorique qui n’attend donc aucune réponse. Ceci est un ordre. Un deal à la Rumpel. Je poursuis dans le même souffle doucereux : « Si vous voulez bien me suivre, mademoiselle… » Je tire le rideau antique, le voile se lève enfin. Je m’efface pour la laisser passer. Des objets sont entreposés, l'imaginarium de Gold est infini, mais les secrets sont bien gardés, n’est-ce pas ? Il n’y a rien de particulier dans cette arrière-salle. « Vous voyez ? Rien de faramineux… » Mon sourire s’élargit. Ma langue de serpent se réjouit du mauvais tour joué.

La désillusion. Je ne connais pas de meilleure recette pour détruire les rêves d’une jeune fille.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Ven 28 Déc - 9:53

Ce mensonge était bien trouvé, mais j’avais peur qu’il ne fasse pas le poids face à cet individu si froid. Après tout, nous étions en pleine période de noël, faire un cadeau c’était quelque chose de tout à fait normal : j’avais mes chances. Je le gratifiai d’un sourire rayonnant, semblant si vrai et pourtant … « Balivernes. » mon sourire s’effaça aussitôt. « Ne me faites pas perdre mon temps. Je sais ce que vous voulez au plus profond de vous-même. Si je vous montre ce que vous désirez le plus au monde, vous quitterez la boutique ? » Ainsi donc il lisait en moi comme dans un livre ouvert… C’était bien le premier. Je faillis m’offenser, mais après tout, c’était sans aucun doute la seule chance pour moi d’obtenir ce que je souhaitais.

Le fil invisible sembla se tendre sous la nouvelle, l’excitation était à son comble mais je n’en fis rien paraître. Jeu facile, j’intériorisais toujours tout, arrivant à me cacher des choses à moi-même, c’est vous dire… « Si vous voulez bien me suivre, mademoiselle… » « Cool, ma boîte à peinture donc ! » Dis-je d’un air enjoué tout en le suivant. Après qu’il soit passé, j’écartai le rideau – terriblement lourd – de ma main et passai enfin la tête dans le lieu de mes rêves. C’était incroyable. Il y avait là bien plus de chose que du côté de la boutique. Rien n’était réellement rangé si bien que ça donnait l’impression d’être dans une véritable boite à trésors. Il y avait une forte odeur de poussière – qui sait depuis combien de temps étaient entreposés les plus vieux objets ? – mais je n’y prêtai pas attention. Quelque chose en moi me disait que je touchais à mon but. « Vous voyez ? Rien de faramineux… » J’eus envie de lui demander s’il plaisantait ou non, mais après meilleure observation, il avait raison. Tout ce bric-à-brac était certes impressionnant, mais il n’y avait rien que de vieilles choses sans grand intérêt. Je me tournai face à l’homme qui affichait un sourire diabolique. Ça l’amusait le fourbe ! Lisait-il la déception sur les traits de mon visage ? Sans aucun doute. Je fis une moue de mécontentement et ajoutais, continuant mon petit jeu. « Pas de boite de peinture… Je pensais monsieur Gold meilleur antiquaire que ça ! » Dis-je d’une voix fluette. « Tant pour lui. » Dis-je en faisant demi-tour, faisant valser ma chevelure rousse. Je fis mince de m’en aller à pas décidé, mais la déception peinte sur mon visage était toujours là, ancrée, comme un masque que l’on ne peut plus enlever. Grâce au ciel l’homme étant derrière moi ne pouvait pas le voir. La vérité… C’est que je ne savais même pas pourquoi j’étais si déçue. La boite à peinture était un pur mensonge, ne pas en avoir trouvé une m’était bien égal. A quoi m’étais-je attendu ? Qu’avais-je donc imaginé qui se trouverait dans l’arrière-boutique, caché aux yeux de tous ?

Je secouai la tête et me retournai vivement. Je ne voulais pas partir et je n’avais plus aucun moyen de justifier ma présence ici. Une seule solution : la conversation. J’allais lui faire perdre son temps tiens ! Petite vengeance personnelle qui aurait au moins la satisfaction de me donner l’impression de ne pas être venue pour rien. Discuter n’était pas mon fort, Archi avait beaucoup de mal à m’arracher une phrase composer d’un sujet, un verbe et, parfois, d’un complément, mais je n’avais pas le choix : alors soit. La curiosité étant un vilain défaut qui semblait déplaire à mon interlocuteur, je décidai de lui poser une question d’ordre très personnel. L’étrangeté du personnage résidait en premier lieu dans son regard de serpent. « Comment… » « Comment vous-êtes-vous fait ça ? » Demandais-je en pointant du doigt mon propre œil – d’un bleu hypnotisant, parait-il.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Ven 28 Déc - 21:26




« Scarface »


Abracadabra. Hasta la vista baby. Sa mine décomposée que je devine sous couvert d’un reproche déguisé en déception – ce n’est pas non plus bien compliqué, le ton de sa voix trahit tout son désenchantement – cela m’est absolument savoureux. Son mensonge filé ressemble à un lointain souvenir, tout comme elle, qui n’est plus que le son discordant dont l’écho se meurt. Merveilleux. Va-t-en, mon enfant, tu en as assez fait. Je songe déjà à célébrer ma petite victoire. Il me reste tant de choses à préparer, je souhaite couper court à cette conversation. Je pense tout de même à la raccompagner jusqu’à la sortie (ma galanterie me perdra !) de ma démarche claudicante. Allons, allons, ne soyez donc pas si frustrée ! Ce caprice vous passera comme bien d’autres avant lui.

«… Je pensais monsieur Gold meilleur antiquaire que ça ! » Cette pique est censée m’atteindre en tant que légitime représentant dudit monsieur. Je me contente cependant de hausser les épaules, totalement indifférent à son « malheur ». Adoptant une figure paternelle faussement contrite, je ne peux que répliquer un vague : « C’est peut-être vous qui êtes trop exigeante avec ce cher M. Gold. » Tout ce que je souhaite, c’est de la voir déguerpir d’ici avant que j’y mette mon grain de sel ; et m’est avis que cela ne devrait pas susciter un enthousiasme florissant. A sa place, je filerais vite avant d’avoir des ennuis.

Sa curiosité mal placée fait à nouveau surface. Bonté divine, pire qu’une sangsue cette fille ! Par tous les démons d’Agrabah, comment m’en défaire ? Le Jafar qui sommeille émet un grondement réprobateur et exaspéré, quelque chose comme cela : والله, يا إلهي. Le serpent qui siffle sur vos têtes entonne sa mélopée menaçante. Du calme, on se calme. L’heure du massacre n’a pas sonné. Je la surplombe de ma hauteur condescendante et fixe son œil qui me renvoie mon reflet terrifiant. J’effleure la cicatrice qui me brûle au moment même où j’essaye de la dissimuler à sa vue. Je fais une grimace ironique et ferme violemment ma paupière douloureuse.

« Mêlez-vous de ce qui vous regarde et je ferai pareil de mon côté. » rétorqué-je de manière brusque.

Cette marque indélébile m’écorche autant que le premier jour. Là aussi, pas moyen de calmer le feu noir, séquelle d’une vieille bataille… « La question ne devrait pas être ‘Comment vous-êtes vous fait ça ?’, mais ‘quel est le Diable d’homme qui vous a scarifié ainsi dans le seul but de vous nuire jusqu’à la fin de vos jours ?’ » Je crie presque. Je m’emporte. Je lui crache au visage la haine vengeresse qui me ronge. J’abaisse lentement ma main, me penche pour qu’elle imagine parfaitement la lame s’enfonçant dans la peau, rougissant l’iris, éclatant les sanglots amers et engendrant une rivière de sang. Cet œil décoloré dit : vous ne m'échapperez pas.

Je me redresse avec cette unique gestuelle de cobra qui me caractérise, retrouve ensuite le ton le plus aimable du commerçant. « Ai-je répondu à votre subtile interrogation ? »

Les souvenirs me tiraillent toutefois. Ces images me perturbent. « C’est de l’histoire ancienne. » Une histoire que je voudrais refouler de toutes mes forces. Gagné par l’impuissance de me purger de mes cauchemars ambulants, je profite de ce moment pour en apprendre plus sur la visiteuse. Je laisse volontairement planer le silence, puis... « A votre tour maintenant. Qu’est-ce qui vous amène en réalité ? Ce ne sont certainement pas ces vieilles babioles sentimentales qui retiennent tant votre attention. Des souvenirs alors ? …quelqu’un ? » Je m’assois sur un tabouret, las de me débattre pour rien. Retour à la case départ. Changement immédiat. Est-ce le même homme ? Je croise son regard bleu qui adoucit le mien. J'ose contre toute attente un sourire quasi sincère (n'en demandez pas trop non plus).

« Racontez-moi donc une petite histoire. »


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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mar 1 Jan - 20:24

L’arrière-boutique – lieu de tous mes rêves, renfermant un espoir incertain sur une attente mal identifiée allo cinglée en détresse bonjour ! – était tout simplement un bric-à-brac géant ne représentant que peu d’intérêt. La déception se peignit sur mes traits cependant que je tournai les talons. Mais une moue malicieuse la remplaça bien rapidement tandis que le remplaçant du maître des lieux me suivait vers la sortie. J’étais ici car je « cherchais » une boite à peinture pas vraie ? Je m’empressai d’exprimer mon mécontentement sur le manque de professionnalisme de monsieur Gold. Il n’était pas aussi talentueux pour dénicher les merveilles que ce que disait sa réputation : pure méchanceté pour mettre les compteurs à zéro. « C’est peut-être vous qui êtes trop exigeante avec ce cher M. Gold. » Je me retournai et dis en souriant « L’exigence n’a jamais été un vilain défaut. » Mais la curiosité si. songeai-je en trouvant le moyen de ne pas quitter la boutique tout de suite. Car s’il y a bien une chose que je ne désirais pas, c’était bien de devoir quitter les lieux fissa, ce que visiblement mon interlocuteur désirait. Lui poser des questions d’ordre privé allait sans doute le retarder un peu dans sa tache de m’expédier au dehors, du moins, je l’espérais !

Mon attention fut donc subitement retenue par un détail physique de taille : son œil abimé, sans aucun doute mort, méchante cicatrice retenant l’attention de quiconque s’approchait d’un peu trop près. Tu as voulu me jeter ?! Maintenant, payes-en les conséquences. « Mêlez-vous de ce qui vous regarde et je ferai pareil de mon côté. » Point sensible touché il fallait croire. Au moins je n’étais pas dehors, mais le rictus mauvais qui se dessina sur son visage me donna envie de faire demi tour. Un frisson parcouru mon échine et je fis un pas en arrière lorsqu’il se mit à me donner quelques détails – même pas ceux que je désirais – sur le pourquoi du comment. Car, paraissait-il, la question n’était pas « comment » mais bien « qui ». Une bagarre ? Un règlement de compte ? Le fait qu’il soit un proche de Gold me fit pencher pour la deuxième hypothèse. Il fallait croire que les rumeurs n’étaient pas toutes infondées, peut-être y avait-il plus de vrai que je n’avais voulu croire. Je déglutis en reculant encore un peu. C’est l haine qui habitait ses traits. Mais soudain, l’homme se redressa et repris un air et un ton tout à fait normaux. « Ai-je répondu à votre subtile interrogation ? » Je fis oui de la tête même si je n’en pensais rien. Non il n’y avait pas répondu, mon interrogation était toujours là, sans réponse, mais j’avais bien trop peur pour le lui dire. Je me contentai donc d’un simple hochement de tête, comme une bécasse qui aurait perdu l’usage de sa voix – ce que j’étais sans doute à ses yeux à ce moment-là.

Il précisa que tout ceci était de l’histoire ancienne, envoyant valser l’impression de tornade qui planait sur la pièce. Je me détendis légèrement, sans pour autant recouvrer mon assurance des minutes précédentes. Cet homme pouvait sembler charmant comme totalement terrifiant, sautant de l’un à l’autre en un quart de seconde : un véritable Dr Jekyll & Mr Hyde. Mieux valait rester sur ses gardes. Maintenant qu’il avait « répondu » à mon interrogation, il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi, prier que mes sœurs ne me voient pas et ne pensent que j’étais une véritable poule mouillée –ironie des expressions mal choisies. Mais la situation s’inversa, la curieuse était à présent questionnée. Que demander de mieux ? Cet homme m’offrait du répit. Oui, mais à quel prix exactement ? Parler de moi n’était pas dans ma nature, mes nombreuses séances avec Archi n’avaient jamais arrangé ça. Je déglutis intérieurement. « Qu’est-ce qui vous amène en réalité ? Ce ne sont certainement pas ces vieilles babioles sentimentales qui retiennent tant votre attention. Des souvenirs alors ? …quelqu’un ? Racontez-moi donc une petite histoire. » Ponctua-t-il en prenant place sur un tabouret. Ceci laissait-il présager qu’il avait à présent du temps à m’accorder ?

Je baissai la tête et me mordis la lèvre, peu certaine d’avoir envie de lui répondre… Peu certaine de savoir quoi lui répondre. Qu’est-ce qui m’emmenait en réalité ? Officiellement : rien d’autre à faire, échapper à mes sœurs, substituer mes après-midi avec Nolan. Officieusement : rassasier cette curiosité que me procurait cette satanée boutique ! Chaque fois que je passais devant, je m’y sentais attirée, anormalement attirée, comme si une partie de moi se trouvait cachée à l’intérieur. Idiot, je le conçois, mais on ne peut rien contre une impression. « Je crois… » Dis-je dans un souffle avant de relever la tête, faisant glisser mes cheveux roux le long de mes épaules. « Je crois que c’est un peu tout ça à la fois. » Traduction : c’est compliqué et surement long à conter.

Je haussai les épaules avant de pousser un long soupir. Je me mis à marcher le long d’une étagère, la plus près de l’endroit où mon interlocuteur était assis. Je me mis à tripoter du bout des doigts quelques objets sans grande importance. « En réalité, toutes mes activités de la journée n’ont pas été réalisables, alors me voici. » Dis-je, dans le vague, continuant à arpenter les lieux, tel un fantôme en quête d’on ne sait trop quoi. « Et puis, je ne voulais pas aller à la piscine, voir mes sœurs, ici c’est un peu mon fort, ma cachette secrète vous voyez. » Dis-je, comme s’il était au courant des compétitions à répétions de mes sœurs, comme s’il savait quel sport elles pratiquaient, et comme s’il pouvait ne serait-ce que se douter que ce sport était le sujet de mes plus grandes peurs. « D’un autre côté… » Dis-je revenant sur mes pas, réduisant la distance qui nous séparait qu’à un tout petit mètre. « Je… Non c’est idiot, vous me prendriez surement pour une folle donc... » Un fil mystérieux m’attire ici. T’es bonne pour l’asile Aigéan ! Je ne pouvais décemment pas lui parler de ça, et pourtant. « Vous êtes-vous déjà sentis comme prisonnier d’un manque, d’un vide ? » Lui demandai-je, posant mon regard pénétrant sur lui. « J’ai parfois l’impression que c’est ici que je trouverai comment combler ce vide… » Ajoutai-je, sur le ton le plus sincère du monde. Puis, je me mis à pouffer, de mon rire flûté habituel, me tenant les côtes à force que le rire ne s’accentue. Je due me retenir au meuble le plus proche pour le pas tomber. « Chouette histoire non ? »



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mer 2 Jan - 9:38



« The dawn of another dull day »



« Le passé est un prologue.  »
William Shakespeare, La Tempête


Ni un véritable triomphe, ni un échec mortel. Je ne sais pas quoi penser de…le mot s’est encore volatilisé, égaré on ne sait où, pourtant, il me brûle la langue le vilain. Impossible de le ramener à la surface toutefois, tant pis, je me contenterai de « la fille » qui représente à elle seule un point d’interrogation et une obscure énigme dont elle ignore tout mais dont je devine les contours effacés…comme ces traces dans le sable qui s’estompent au gré du vent ou au gré des volontés marines quand la mer a décidé de retirer dans un rugissement d’écumes son flot échoué sur les plages dorées. Je suis distrait ces derniers temps. Qu’ai-je à faire d’une demoiselle qui semble avoir perdu son intégrité ainsi que sa place dans le monde telle une âme errante à la recherche de sa moitié ? Qu’ai-je à faire des histoires d’une petite adolescente dont l’existence m’est particulièrement indifférente ?

Je ne sais pas, je ne sais plus, ne distinguant plus ni vérité ni fausseté. C’est l’heure des révélations qu’on n’attendait plus. L’heure de retirer la capuche qui couvre nos espoirs et peines. L’intérêt est moindre mais la curiosité exacerbée. Je suis incapable de prendre congé. L’attrait du mystère est certainement plus puissant que je ne l’aurais jamais cru. Ma crainte est d’en avoir déjà trop dit alors que si peu a traversé mes lèvres abîmées. Je me recroqueville souvent en moi-même, enroulé au fond d’une cavité, entre éveil et rêve, m’arrachant à la société des Hommes. La lanterne magique est à la fois mon refuge et ma prison. Une solitude séduisante en soi. Mon corps refuse de refaire un séjour là-bas avant une petite éternité, mais mon esprit y est ferré comme au premier jour.

Je ne veux pas reformuler des images éparses trop vite enterrées dans la poussière de mon ignoble passé. Il m’est trop douloureux de me rappeler ce qui s’est joué. Une guerre sans merci. Un frère, une sœur, un rival, une amante ? Tout est dit à demi-mots, l’histoire de ma vie en filigrane. Il y aurait tellement de choses à exprimer, mais pas maintenant, pas tout de suite, il est trop tôt encore. C’est à mon tour d’écouter. J’entrevois les doutes. Elle non plus n’arrive pas à exprimer ce qui lui échappe constamment. Sœurs, eau, secret. Je ne saisis pas, ou alors si, je me fais mon cinéma. Ce qu’il en ressort, c’est cette fugitive peinture de soi qui a peur et s’avoue un manque inexplicable. Mystère que je voudrais élucider. « Oui. » Murmure soyeux à peine audible. Confession délicate. Mon regard ne sait plus où se poser après ça. « Je suis prisonnier. Tout le temps, partout, ici. Vous n’êtes pas la seule. » Je croise ses pupilles au fond d'océan de lumière. Chaque histoire mérite d’être contée quand bien même j’en méprise les auteurs.

Un temps. Je m'entends débiter des paroles que je regretterai un beau jour. Pour l'heure, ça ne m'intéresse pas le Bien, le Mal, la Raison pure, la Folie des grandeurs. « J’aimerais faire quelque chose pour vous afin que vous ne partiez pas trop bredouille. » Lire entre les lignes est un don qu’on m’attribue parfois. Je sais reconnaître les personnes désespérées, parce que j’en fais sans doute partie. « L’hypnose serait un moyen de rappeler les souvenirs refoulés et de partir en quête de ce manque. Vous avez en face de vous un adepte de cette pratique. Permettez-moi d’essayer. » Simple proposition. Beaucoup craignent de ce qu’il peut en résulter et je ne peux que les comprendre. L’activité cérébrale est suscitée par la force. Le psychisme est perturbé. Cependant, le risque en vaut peut-être la chandelle, à elle de me le dire.


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Dernière édition par Eléazar Mordred le Dim 23 Juin - 11:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Lun 7 Jan - 16:02

Répondre au pourquoi de ma présence était l’une des choses les plus compliquées qui m’aient été donné de faire. Même Archibald ne m’en posait pas de si complexes – il était pourtant maitre en la matière. Pourquoi venez-vous ici ? Répondre par un simple ‘‘je sais pas’’ me semblait étrangement inapproprié, comme si ma survie dépendait de cette fameuse réponse, comme si, si ma réponse ne lui convenait pas, ses longs doigts allaient être l’objet de mon meurtre.

Peu habituée à parler de mes problèmes, voilà que je me mis à tout déballer, bredouillant à moitié, sans vraiment structurer les choses, sans poser le décor. Mes mots arrivèrent plus vite que mes pensées : un bon gros merdier, mais je m’en sortis plutôt bien apparemment. Pourtant, mon récit laissait à désirer : mes sœurs, la piscine, la peur, ma cachette secrète. La tournure ridicule de ma ‘‘petite histoire’’ me fit rire, doucement au départ, puis d’une manière plus accentuée ensuite. Je posai sur lui un regard qui lui disait ‘‘merci de ne pas vous moquer’’ mais je ne sus s’il en avait saisi le sens car déjà il murmura une réponse que je n’attendais pas. Oui, oui visiblement mon impression de vide était partagée. « Je suis prisonnier. Tout le temps, partout, ici. Vous n’êtes pas la seule. » Pour la première fois de ma vie, quelqu’un me comprenait. Peut-être – très certainement en fait – pas totalement, mais en partie : un grand pas en somme. Je voulu lui demander pourquoi, depuis combien de temps, mais son regard fuyant m’indiqua qu’il ne plaisantait pas, qu’il avait réellement ce ressentit si désagréable, le même que le mien, le même qui me valait tant de tracas et d’argent dépensé en thérapie et qu’il n’avait aucunement l’envie d’en parler.

Ses yeux rencontrèrent alors les miens. Ce contact incorporel me procura un frisson qui longea ma colonne vertébrale. Décontenancée, je baissai les yeux, rougissante. Cet homme avait un pouvoir sur moi que je ne comprenais pas, qui me procurait autant de plaisir que de répulsion, de peur. C’était un sentiment sur lequel je ne réussis pas à mettre de mot, un sentiment que je ne connaissais pas et qui m’effrayait beaucoup. Pourtant, les sentiments étranges j’en faisais la collection. Mes pensées volèrent vers Nolan, mon meilleur ami ici, sans doute le seul véritable. J’étais sans aucun doute plus attachée à lui qu’une simple ‘‘copine de jepasseletemps’’ ne devait l’être, mais c’était bien différent de ce que je ressentais là. J’avais l’impression qu’au moment où je quitterai la boutique, une seule pensée m’habiterait : le revoir.

Il me sortit de mes pensées en brisant le silence. « J’aimerais faire quelque chose pour vous afin que vous ne partiez pas trop bredouille. » Je relevai la tête et posai sur lui un regard interrogateur, curieux. Pour ne pas partir bredouille de la boutique de Monsieur Gold, il faut repartir avec un objet, or ‘‘faire quelque chose’’ n’impliquait pas quelque chose de matériel. « Je… » Cet élan de bonté me désarçonna plus encore que le frisson qui m’avait envahi quelques minutes plus tôt. Un mélange d’anxiété et de curiosité s’empara de moi. « L’hypnose serait un moyen de rappeler les souvenirs refoulés et de partir en quête de ce manque. Vous avez en face de vous un adepte de cette pratique. Permettez-moi d’essayer. » Je le regardai avec scepticisme. Archibald n’était pas pour l’hypnose – il l’avait déjà mentionnée quelques fois – mais peut-être était-ce parce qu’il ne la pratiquait pas et ne souhaitait pas perdre un patient ? Ma joue droite s’étira dans une moue de réflexion, plissant ainsi légèrement mon œil droit. Je devais avoir l’air bien idiot comme ça, mais qu’en avais-je à faire ? Être un adepte de l’hypnose rendait le personnage encore plus curieux, plus intéressant et plus… Intimidant que jamais. Me sentais-je assez ouverte d’esprit pour laisser un inconnu s’insinuer dans mes pensées ? Non, vraiment pas. D’un autre côté… Peut-être allait-il m’apporter ce qu’Archie ne parvenait pas à me donner : de l’aide, des réponses, pas des questions supplémentaires.

Ma décision prise, j’ouvris largement les yeux, une lueur d’excitation passant sur mes iris. « Vous feriez-ça pour moi ?! » Demandai-je, comme enchantée. Sans m’en rendre compte, je m’étais approchée de lui et avais agrippé son bras de mes deux petites mains. « Pardon. » Dis-je en reculant furtivement. Je m’apprêtais à lui répondre que j’étais d’accord quand une pensée traversa mon esprit. « Monsieur Gold ne va pas bientôt revenir ? » demandai-je en regardant autour de moi. Je me voyais mal faire une séance d’hypnose là, en plein milieu d’une boutique ouverte. « La boutique ne ressemble pas, de ce que j’en sais, à un cabinet d’un hypnotiseur et il me semble que vous êtes chargé de garder la boutique… » Saisit-il ma curiosité ? Mon consentement si proche ? Ma déception d’être possiblement privée de ce cadeau ? Je n’avais vraiment aucune idée de ce dans quoi je me lançai, mais quelque chose me disait que j’avais bien fait de ne pas assister au match de mes sœurs.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mar 15 Jan - 16:33




« Remember remember »


C’est drôle comme des âmes si dissemblables il y a encore quelques instants semblent se comprendre d’un seul coup et se rejoindre par je-ne-sais quel miracle surnaturel. On m’a proprement déchiré dans le passé, et c’est irrémédiable. Je suis constamment dans l’Absence. Je m’endors et me réveille avec cette même impression fugitive que rien ne va changer. Je suis moi sans l’être véritablement, ce simple verbe « être » m’est devenu si difficile à conjuguer. La malédiction. Le fil est ténu, mais je crois en tenir un bout. Juste ce qu’il faut pour remonter à la source. Son histoire décousue me parle plus que de raison. Je ramasse les fracas éparpillés et rassemble le puzzle. Sait-elle que je suis moi aussi un verre fêlé ?

J’ignore pourquoi je me lance corps et âme dans cette stupide quête, mais un instinct indéniable me pousse à agir de la sorte. Il m’est bien impossible de faire autrement, je dois composer avec lui. Même si se disputent en moi toutes les contradictions du siècle, je n’en demeure pas moins mû par une impérieuse envie de m’emparer de ses souvenirs, de les décortiquer, de comprendre ce qui a été effacé.

J’aimerais sincèrement pouvoir lui dire également ce qui me pèse sans que cela vînt à nous nuire. J’aimerais lui dire le trou noir qu’a laissé l’exil. J’aimerais lui dire ces choses qui nous manquent et qui, une fois qu’on les a perdues, sont en réalité les seules qui comptent encore à nos yeux égarés. Mais c’est trop dangereux. Parfois, il faut abdiquer et admettre qu’on en sait trop ou pas assez. Admettre la défaite. Admettre qu’on n’aura jamais de seconde chance.

Il est étrange de discerner comme un reflet de moi-même dans le miroir brisé de ce regard-là. Nous nous fixons plus longtemps que ne le permet normalement la bienséance. Je dépasse les bornes consciencieusement. Ça m’attire et me révulse. Je me heurte à l’indicible. J’en mourais d’envie. Cela prouverait que je ne suis pas qu’une épave vidée de ses rêves. Mauvais génie ou pas, je ne suis rien qu’un homme. Voilà mon essence. Avec ses peurs et ses peines, ses petites joies, ses folies, ses amours.

Je vois bien le scepticisme qui la ronge. Je ne dis rien, je laisse faire. Mes méthodes peu orthodoxes ont déjà fait des merveilles, pourquoi en serait-il autrement dans ce monde-ci ? Soudain elle se rapproche, entamant la ligne invisible de mon périmètre de sécurité. Je me crispe par réflexe. Sa main provoque quelques étincelles. Ce contact est un électrochoc aussi intolérable que plaisant. Ça m’inquiète ce sentiment indéfinissable, comme si je ne maîtrisais plus le cours de ma propre vie. Ce que je crains davantage encore, c’est le fait que je ferais n’importe quoi pour que ça se réitère…

« Ce n’est rien. » Voix chevrotante. Je perds de ma supériorité, c’en est déconcertant. Elle s’éloigne, je respire à nouveau un peu mieux. Je défais discrètement un bouton de mon col qui me paraît trop serré. « Je ne veux pas vous laisser dans l’impasse. Ne vous inquiétez pas de Gold. » Ce petit détail est bien le cadet de mes soucis. Je m’avance et tourne la pancarte pour qu’apparaisse le mot « Closed ». Je me frotte les mains comme si je venais de conclure une bonne affaire. J’enchaîne aussitôt en lui agrippant le bras d’un geste à la fois délicat et brusque. « Venez... » Je l’entraîne dans un couloir sombre, passerelle entre le monde de l’antiquaire et celui de l’apothicaire d’Agrabah. Je pousse un battant, un parfum d'encens nous surprend. « Chez moi. » indiqué-je pour ne pas trop l’effrayer.

Je l’invite à pénétrer dans l’arrière-salle où un canapé rudimentaire mais confortable réside. Iago le perroquet vient se percher sur mon épaule. Il nous observe tour à tour avec curiosité. Son petit œil suspicieux semble vouloir dire : « Que manigances-tu Jafar ? » mais je lui intime le silence. « Faites comme chez vous. Mettez-vous à l’aise. » La vivacité de mes mouvements m’étonne. Je suis comme possédé. Je prends place sur une chaise avec mon flegme habituel cependant.

Pourquoi donc suis-je si pressé ? Est-ce l'arrivée imminente de mon collègue qui me préoccupe tant ? Ce qu'il me tarde de découvrir ? Ou bien cette improbable intimité entre nous ? « Fermez les yeux. On va faire un petit tour chez Morphée. » Nous y sommes. Quelque chose me dit que ce moment sera déterminant dans nos existences respectives. Ma main s’appose sur le front de la jeune fille dans un geste presque naturel. Le décompte a déjà commencé.

« Trois…deux…un… »


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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Lun 21 Jan - 15:20

La proposition qu’il me fit me plongea dans une immensité de contradictions. La peur, l’excitation, la joie, la méfiance. J’avais l’habitude de parler, d’analyser mes pensées, avec Archie. Là, tout était différent. L’hypnose. Cela impliquait de laisser un parfait inconnu s’immiscer dans mes pensées, entrer dans le sanctuaire impénétrable qu’est mon âme. Il y avait de quoi avoir peur. Cependant, l’idée qu’il puisse chercher plus en profondeur que mon psychiatre me rendait curieuse. Peut-être allais-je enfin avoir des réponses à mes questions. Peut-être enfin allais-je comprendre pourquoi je ressentais ce vide depuis si longtemps. Peut-être même allais-je comprendre pourquoi l’eau était ma bête noire depuis toujours ? L’excitation l’emporta sur la raison. Je ne me posai même pas la question de savoir pourquoi il avait subitement décidé de changer de manière avec moi. C’est vrai, il y avait de quoi trouver cela étrange. Lorsqu’il m’avait surprise plusieurs minutes plus tôt, en train d’épier ce qui se passait derrière le rideau, il m’avait « gentiment » fait comprendre de déguerpir. A présent il désirait m’aider ? C’était à n’y rien comprendre, et pourtant, je ne me posai aucune question. Le bonheur de savoir que la découverte de mon « moi intérieur » était possible me procura tant de joie que je réduisis la distance qui nous séparait à néant. Je m’excusai instantanément, reculant d’un bon mètre, honteuse de m’être laissée aller de la sorte. Les manifestations physiques de mes sentiments étaient rares et je me surpris à être totalement différente en la compagnie si étrange de cet inconnu – qui plus tôt m’avait totalement effrayée. Pire, je me surpris à aimer cette différence.

C’est donc sans la moindre hésitation que j’acceptais sa proposition. Qui ne tente rien n’a rien dit-on. Mais un petit détail me chagrinait. Où, quand, comment ? Car moi je voulais là, tout de suite, n’importe comment. Mais la possible réapparition de monsieur Gold – propriétaire de la boutique rappelons-le ! – ne permettait visiblement pas qu’on s’adonne à ce genre de pratiques pour le moins inhabituelles, surtout en ces lieux. Il ne me laissa pas le temps de m’en faire plus longtemps, car déjà il balayait la possibilité que nous nous fassions prendre en tournant la pancarte de la porte vers la face « closed ». Lorsqu’il revint vers moi, quelque chose avait changé sur lui, mais je ne sus dire quoi. « Venez... » Me somma-t-il en m’agrippant le bras m’entrainant dans les entrailles de la boutique, dans un lieu dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Ce couloir sombre n’était pas très long et semblait faire coïncider la boutique de Gold avec une autre. Lorsque nous pénétrions dans la nouvelle pièce, une atmosphère totalement différente la surplombait. Une odeur boisée et épicée me fit légèrement plisser le nez – non pas que ce parfum fut désagréable, mais plutôt étrangement contrasté par rapport à celui de la boutique de l’antiquaire. « Chez moi. » Des fioles, des vases, des boites, tout un tas de contenants étaient posés sur des étagères. Soudain, tout s’éclairci. « Vous êtes l’apothicaire ! » M’exclamai-je, abasourdi. Il n’y avait rien d’extraordinaire à être l’apothicaire de la ville, mais moi qui passait tout mon temps dans la boutique de Gold, jamais je n’avais pu m’imaginer que ce nouvel habitant – c’était rare par chez nous, les nouveaux – se soit établi si près de l’âme la plus crainte et la plus seule de tout Storybrooke. L’apothicaire faisait beaucoup parler dans les rues. Certains montraient du doigt ses pratiques malsaines et étrangères – à cette pensée, un frisson parcouru mon échine – d’autres acclamaient haut et fort qu’il faisait des miracles – cette pensée-là me rasséréna un peu.

Je n’eus pas le temps de scruter les lieux en profondeur car déjà il m’emmena ailleurs, dans l’arrière salle en réalité, où un canapé était entreposé. C’est parti… Me dis-je, comme si l’hypnose demandait une préparation mentale aussi intense que lorsque l’on se décide de sauter le pas d’une action qui nous tient immensément à cœur. Un bruissement étranger me fit sursauter, et ce n’est que quand mon regard se posa sur l’apothicaire que je compris de quoi il s’agissait. Un magnifique perroquet venait de se poser sur l’épaule de – semble-t-il – son maître. « C’est exotique. » Lâchai-je d’un ton un peu trop malicieux à mon goût. L’oiseau me rappela vaguement quelque chose, mais j’étais certaine de ne jamais avoir vu de perroquet ici. Un autre oiseau peut-être ? « Faites comme chez vous. Mettez-vous à l’aise. » A l’aise, à l’aise. Facile à dire ! Voulus-je lui dire, sans pour autant oser le faire. Je pris une profonde inspiration et posai mon royal fessier sur le canapé, me dandinant afin d’en tester la ‘‘moelleusité’’. Une moue de satisfaction se peignit sur mon visage, signe que le canapé était tout à fait à mon goût. Je m’éclairci la gorge et m’allongeai sur le canapé, penchant la tête en arrière pour voir si l’apothicaire était lui aussi déjà installé. « Fermez les yeux. On va faire un petit tour chez Morphée. » Sans attendre, sa main froide se posa sur mon front, me procurant un frisson déchirant. « Trois…deux…un… » Un éclat de rire traversa la barrière de mes lèvres sans que je puisse le retenir. J’ouvris les yeux et ramenait les manches de mon pull sur ma bouche pour étouffer mon ricanement incontrôlable. « Je suis désolée. » Dis-je tout en continuant de rire. « C’est…. C’est le stress. » Je fermai les yeux et soufflai un bon coup pour reprendre mon sérieux, ce qui dura… Dix secondes. Déjà l’hilarité reprit possession de moi, me faisant pouffer sans que je ne puisse m’arrêter. Je me retournai sur le ventre et me saisis d’un coussin dans lequel j’enfouis ma tête, mes longs cheveux roux se séparant en de nombreuses mèches, s’échappant de l’élastique qui les retenait.

Il me fallut presqu’une minute entière pour me calmer et retrouver un rythme cardiaque décent. Si j’avais eu ne serait-ce qu’une chance d’obtenir des réponses, mes gamineries – même si ça n’avait rien à voir là-dedans – venaient sans doute de tout gâcher. Je tentai un regard dans sa direction avant de me relever en position assise. « Je suis vraiment désolée je… Je pense être un peu plus anxieuse que je ne croyais… » Je mordis ma lèvre inférieure, fuyant son regard. Je m’attendais à un refus catégorique de réitérer la chose, mais fus bien surprise d’avoir la possibilité de refaire un essai, un unique essai.

Par chance, mes éclats de rires avaient été trop nombreux pour pouvoir se remanifester. Un nouveau décompte et voilà que je me retrouvai enfin plongée dans le pays des rêves, ou plutôt dans le tréfonds de mes souvenirs oubliés.

Le matelas sur lequel je me trouve est des plus confortables. Mes yeux sont clos, je ne vois absolument rien et pourtant je sais que je suis là où j’ai envie d’être, totalement sereine. J’attends une merveilleuse nouvelle, une nouvelle qui me rend heureuse, fait battre mon cœur plus fort que jamais. Soudain, j’ouvre les yeux, ma vision de tout-juste-réveillée ne me permet pas d’y voir clair, mais cette nouvelle que j’entends à peine me fait sauter du lit, sauter de joie. Ça y est, j’ai réussi, j’ai gagné, le bonheur est à portée de mains. Quelques minutes plus tard, je m’effondre au sol, anéantie.

Se souvenir sans se souvenir réellement est une particularité bien étrange et frustrante de l’hypnose. Ces visions floues me mettaient clairement mal à l’aise, car je ne les comprenais pas, ou alors je les analysais mal. Je voulais me réveiller, sortir de cette transe affreuse, mais mon corps refusait de me laisser faire. Il reste du temps au compteur. Mon corps n’était pour autant pas totalement immobile. Soubresauts, froncements de sourcils, grimaces de mécontentement, moue de tristesse ou sourires émus, tout y passait. Je devais offrir un bien curieux spectacle à l’apothicaire… A moins qu’il ne fut lui aussi spectateur de mes visions ?

Un oiseau, au bec immense et large, vient se poser près de moi. L’énormité de la bête devrait m’effrayer, mais ce n’est absolument pas le cas. Je suis impatiente en réalité. Impatiente de partager avec lui une trouvaille fascinante. Au sol, le son d’un objet métallique résonne. Je baisse les yeux et vois une fourchette.

Plaît-il ? La pièce était-elle envahit d’un gaz illicite ? Parce que j’avais clairement des hallucinations idiotes et dénuées de tout bon sens. Est-ce que ?...

Un picotement désagréable paralyse la partie inférieure de mon corps. La peur me submerge cependant que je sens l’impression d’avoir fait une bêtise. Deux sentiments en total désaccord prennent possession de moi: l’excitation et l’appréhension. Et si je m’étais trompée ? Je sais de par sa réputation qu’elle n’est pas une personne de confiance. Mais c’est tard. Une sensation de déchirement de donne envie de hurler, mais soudain, l’air me manque, cette faculté familière ne m’habite plus, l’eau s’enfouie de mes poumons : je me noie.

Ce fut l’image de trop. J’ouvris les yeux et me levai en sursaut, haletante, la respiration saccadée et douloureuse. L’eau. J’étais submergée par l’eau qui allait m’engloutir comme elle englouti les navires en plein naufrage. « AU SECOUR ! » Hurlai-je à plein poumon tandis que je trébuchais du canapé. Mon genou rencontrant le sol me fit peu à peu reprendre mes esprits. Je n’étais ni sur un bateau, ni dans un océan, encore moins en train de me noyer. Tout ça n’était que pure fiction sortie de mon inconscient. Une chose était certaine : jamais ô grand jamais je n’avais vécu cette scène. Pourquoi ? Car je me souvenais que par trop bien de ces deux mains devant mon visage, les yeux brulés par l’eau salée de l’océan, les miennes, aussi fines et longues que celles que j’avais à présent. Or je n’avais jamais mis les pieds dans n’importe quel point d’eau, en tout cas, pas pendant ni après ma vie d’adolescente. Tout était faux, mais tout me semblait bien trop réel. Toujours au sol, je me repliai sur moi-même et laissai aller les flots de mes larmes salées, salées comme l’océan, incapable de bouger.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mer 23 Jan - 22:03




« You're not alone »


L’Apothicaire. Un personnage aussi intriguant que Mr Gold lui-même. C’est l’inconnu, le délit, on l’aime, on le déteste en secret, il se cache de la lumière, asocial et terrible, il fait jaser le public de Storybrooke, c’est une ombre parmi les ombres. Cette soudaine mention de mon statut alourdit l’atmosphère. Cette dénomination est sacralisée, entourée d’un mystère qu’on préfère ignorer. Les « on dit » se multiplient dans la ville. Il peut accomplir tous vos vœux, il peut vous guérir ou vous maudire, on l’aurait vu changer de l’eau en or, il possède la pierre philosophale et une fiole d’eau de Jouvence. C’est un Créateur, un Alchimiste, un Génie. Je ne démens rien, bien au contraire. L’Hypnose fait partie de ce grand tout énigmatique. C’est un don que j’ai reçu de mon père, aveugle hélas, le Tirésias de notre temps. Cependant, sa cécité lui fit découvrir le troisième œil qui lui permettait de lire les lignes indéchiffrables du Temps, Futur et Passé, il était le voyant des Destinées humaines. Et me voici son héritier.

La jeune femme est à présent allongée. Habituellement je tolère difficilement un tel manque de sérieux. Je prends sur moi pour accepter son numéro de petite fille, mettant tout sur le compte de l’angoisse. Malgré l’envie de la calmer de manière brutale, je reste de marbre, m’accordant à moi aussi un petit moment de répit avant le grand saut. Il est certain que ce n’est pas tous les jours qu’un tiers rentre dans votre tête pour déterrer je-ne-sais-quoi. Et ce n’est pas tous les jours que je m’immisce dans les pensées abyssales des gens. Alors oui, il y a de quoi redouter ce moment. C’est éprouvant tant pour l’hypnotisé que pour l’hypnotiseur. Toute magie a un prix, eh bien il en est de même dans cet art occulte.

Son front contre ma paume est brûlant. Le paysage autour de nous disparaît dans un nuage de fumée. La boutique n’existe plus. Nous voilà dans Autremonde. Ce n’est pas le Paradis, ce n’est pas l’Enfer ni un entre-deux, c’est nulle part et partout. Je voyage avec elle. Je ne sais pas où tout ça va nous mener, mais je m’accroche. Je traverse la même douleur qui se répand dans mes côtes. Je m’écrase aussi au sol. J’entends des bribes de conversation. J’observe son regard paniqué. J’ai envie d’aider, mais je ne peux pas agir ici malheureusement. Le sol se dérobe. La première vision s’enfuit. Je sens mon cœur battre plus fort quelque part dans le présent, là où mon corps est resté. Sous ma main, je sens des vibrations. Pour elle non plus apparemment, l’expédition ne se passe pas sans turbulences.

Je me concentre à nouveau, fixe mon esprit, fouille la mémoire éteinte. Le souvenir suivant n’a aucun sens. Un nouveau flash et me voilà embarqué dans une nouvelle embrouille de l’esprit. Je ne sais pas ce que je cherche, je laisse faire. Je lui offre simplement la clé pour ouvrir la porte des réminiscences, la porte d’une autre vie. Mais peut-être vais-je regretter de m’être aventuré si loin. Je suis l’intrus. Il est dangereux de rester dans un esprit qui n’est pas le sien. Je voudrais me déconnecter, quitter ce monde aussi enchanteur que sinistre. Mais visiblement, ce n’est pas à moi de décider. Une étincelle. Un vide. Le confinement. La perte des repères. Je me noie avec elle.

Le réveil est désastreux. La tête me tourne avant que je me rende compte qu’elle gît au sol. Son cri me perce encore les tympans. Je me rue vers elle dans un mouvement purement instinctif. Cependant, à l’instant même où ma main entre en contact avec son corps, il se passe quelque chose d’inattendu. Je plonge tête la première. Autremonde.


Les anneaux rouge et noir d’un reptile géant. Le sifflement agaçant du cobra. Les crochets sanglants qui se tendent. La fumée écarlate. Un tourbillon de folie pure. C’est un surhomme maintenant qui sublime tous les autres. Tous les pouvoirs de l’Univers l’habitent. Il se sent puissant, immortel et invincible. Il a enfin pris sa revanche sur le monde injuste qui lui a refusé femme et enfant, sœur et ami. Mais des bracelets, véritables menottes surnaturelles, agrippent ses poignets. Il voit rouge. De maître incontestable il devient esclave. Prisonnier d’un enfer plus grand. Un sentiment de solitude le submerge. Il rumine, il se perd lui-même. Il n’y a pas de pire châtiment.

Je retire ma main de la jeune fille et m’écroule à genoux. Elle a partagé mon esprit. Comment ? J’ignore exactement le processus. Un effet secondaire de ma première intervention ? Un gémissement souffreteux m’échappe malgré moi. Ma cicatrice irradie une chaleur insupportable. Une perle de sang s'extraie d'une larme maladroite et s'échoue sur ma joue. Je suis stupéfait, encore sous le choc de cette vision, de mon passé. J’ai peur maintenant. Terriblement. Le froid de ma cellule millénaire que j’ai à nouveau ressenti me donne quelques frémissements incontrôlables. « Je crois que ça suffit pour aujourd’hui…vous devriez… » Partir ? Non, impossible. Pas dans l’immédiat. Je ne le souhaite pas et c’est bien le dernier souhait que je puisse formuler en pareille situation. Mais que voulez-vous, ce n’est jamais au bon moment que ça arrive. Je me sens à l’abandon, à la dérive totale et j’ai besoin d’une présence pour me rappeler que je ne suis pas seul…Et c’est elle qui est là. Et c’est elle que je voudrais voir auprès de moi…Pauvre fou.
« ...rester… » Un trémolo ridicule que je regrette aussitôt. Qu'est-ce qui te prend bon sang ? Tu sais au moins à qui tu parles ? Justement, j'aimerais le savoir. Que va-t-elle penser ?

La peur sourdre en moi, coule comme un poison vicieux dans mes veines délétères. Je suis certainement pâle comme un mort. Je suis certainement à deux doigts de faire voler en éclats mes belles barrières imparables qui font de moi un être si froid. Je respire un grand coup et réalise qu’elle est dans le même état incertain que moi-même. Cette fois, je me porte réellement à son secours et l’entoure d’un bras protecteur. « Je suis désolé. » De quoi ? Je ne sais pas.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Mar 29 Jan - 15:39

Si tout ce que j’étais en train de voir était réellement des souvenirs, alors j’avais de sérieux problèmes de mémoire, car on ne peut décemment pas oublier ce genre de choses. Souvenirs réels ou irréels, tout était en tout cas bien confus et presque ridicule. Des soubresauts, des froncements de sourcils, tout y passait mais la pire réaction fut sans nul doute celle que me procura le souvenir de la noyade, de l’eau s’engouffrant dans mes poumons, m’empêchant de respirer. Le réveil fut brutal. Toujours à moitié enfermée dans l’hypnose, je ne me rendis pas de suite compte que je venais de basculer du canapé. Mes genoux cognèrent le sol avec lourdeur, mais la douleur du choc ne m’imprégnait pas. J’étais bien trop occupée à tenter de me remettre de mes émotions. Moi qui avait tant peur de l’eau, voilà que je venais de vivre une noyade, réellement. Je pouvais encore sentir l’eau salée bruler ma gorge et mes narines. Je pouvais encore entendre les remous de mes bras cherchant inlassablement un endroit où se retenir. Je pouvais encore voir de cette vision brouillée, à quel point l’océan était vaste et sombre et la surface si lointaine.

Je me mis à sangloter sans ne plus pouvoir m’arrêter. Tout était de trop pour moi. La peur, la noyade – même irréelle –, l’appréhension du début, l’analyse si mince de ces « souvenirs » m’avaient totalement vidée de tout mon self-control. Les larmes se mirent à rouler le long de mes joues, inondant mes lèvres et finissant leur course le long de ma nuque. Je n’eus pas le temps de comprendre que ce qui venait de se poser sur mon épaule était la main de l’apothicaire, que déjà nous étions repartis.

Un serpent immense siffle en plein centre d’une immense pièce au très haut plafond. Il est d’une taille improbable et semble pourtant si réel. Pire : le serpent, et bien c’est moi ! Sans ne rien comprendre, le sol se dérobe, la longue queue de l’animal disparait, part en fumée, une fumée rouge comme le sang. Un sentiment de puissance absolue s’empare de moi, me saisit toute entière me rendant si fière, si orgueilleuse. Puis, soudain, l’odeur de la trahison, le sentiment de s’être fait berné, habilement. Enfin, la colère.

J’ouvris les yeux vivement et tout ce cauchemar pris enfin fin. Que venait-il de se passer ? Les yeux ronds, toujours baignés de larmes, je scrutai l’homme qui avait réveillé en moi des choses que j’aurais préféré garder enfouies. Il avait retiré sa main et paraissait bien mal en point, tout comme moi. Est-ce que… Est-ce que cette dernière vision avait été en rôle inversée ? Il était clair que je n’avais absolument rien à voir avec un serpent : je n’en avais jamais vu et ça tout le monde serait d’accord sur le sujet. Avais-je partagé son souvenir à lui ? Mon air ahurit s’intensifia un peu plus lorsque je vis une larme de sang s’échapper du coin de son œil abîmé. L’incompréhension mélangée à la surprise de cette couleur si criarde me firent reculer jusqu’à ce que me dos rencontre le canapé, m’empêchant de reculer davantage. La bouche semis ouverte je tentai quelques mots qui se transformèrent en un murmure de charabia inaudible. Que voulais-je exactement ? Fuir, partir en courant, tout oublier, à nouveau ? Ou bien, voulais-je en savoir plus, comprendre, le réconforter ? Il choisit pour moi. « Je crois que ça suffit pour aujourd’hui…vous devriez… » Je secouai lentement la tête pour affirmer sa décision, mais celle-ci fut bien différente de ce à quoi je m‘étais attendue. Rester… Voilà ce qu’il venait de me demander. Pas de partir, pas de m’en aller loin de lui, de ses souvenirs, de nos souffrances, mais bien de rester là avec lui. Je voulu bredouiller quelques mots, la mine toujours trempée de mes larmes mais en fus bien incapable. Mon corps refusait de bouger, de faire le moindre petit mouvement. Je restai là, appuyée au maximum contre ce canapé, le regard mi affolé mi curieux.

Soudainement, il fit un geste qui brisa la glace. Il s’avança vers moi et enroula l’un de ses bras autour de mes épaules. « Je suis désolé. » Ces simples mots suffirent à me laisser de nouveau emporter par mes sanglots. Je restai totalement immobile puis, doucement, repris possession de mes mouvements. Oui, le choc avait été rude et l’expérience déstabilisante, mais après tout, peut-être était-ce le début du chemin vers la vérité de mon passé. Je basculai sur le côté et enfouis mon visage sur sa chemise, agrippant son dos de mes longs doigts sans aucun ménagement. J’avais besoin de sentir que je ne serrai pas du vent, qu’il était bien là, compatissant et qu’il m’offrait réellement une épaule sur laquelle me laisser aller. J’étais désolée d’avance de mouiller sa chemise et, très probablement, de la tacher de quelques traces de mascara, mais je ne parvenais plus à m’arrêter. Se faire consoler est pire que tout finalement, car la compassion des gens est quelque chose de touchant et cela éveille de nouveau pics affectifs : un cercle vicieux. Toutefois, pleurer ainsi avait du bon : quand on a trop pleuré, on ne parvient plus à le faire jusqu’à ce que notre réserve de larme se remplisse à nouveau ce qui prend un temps certain : c’était l’heure de la délivrance. « C’est… C’est moi qui aie accepté alors, hein. » Dis-je, penaude, en haussant les épaules.

Je reniflai tout en mettant fin à cette étreinte des plus étranges et pourtant des plus naturelles lorsque mes yeux se posèrent sur son col. « Vous… Vous avez enlevé un bouton à votre chemise ? » Remarque tout à fait déplacée si on prend en considération toutes celles que j’aurais pu faire à la place (comme « vous… vous avez tout vu comme moi ? » ou bien « mais, c’était réellement des souvenirs ça ? » ou encore « c’était vraiment étrange et… » ou bien même « vous saviez ce qui allait se passer avouez ! »). Je réfléchissais bien étrangement ce jour-là. Je séchai les dernières larmes de mes joues d’un revers de la main avant de le regarder en souriant, timidement. « Si je m’étais attendue à vivre ça en entrant dans la boutique de monsieur Gold… » Nos yeux se rencontrèrent et les miens se mirent en fuite aussitôt, se posant sur les rideaux d’une fenêtre. Il se passa quelques secondes avant que je ne tourne de nouveau la tête et que mon pouce ne vienne caresser sa joue pour la débarrasser de cette goutte de sang. « Est-ce que c’est… Douloureux ? » Demandai-je, hésitante, victime d’un nouveau soubresaut témoin des sanglots auxquels j’avais eu affaire quelques minutes plus tôt. Voir son sang sur ma main était très déroutant. Ce qui l’était encore plus était de me rendre compte que celle-ci était toujours délicatement posée le long de sa mâchoire. « Je crois que ça n’a pas marché… L’hypnose j’veux dire… Je n’ai pas failli me noyer ces dernières années, c’est une chose dont je suis certaine. » Dis-je en baissant la tête, la déception palpable dans le ton de ma voix.



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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Dim 3 Fév - 3:59





« Ubi amor, ibi dolor »


C’est là, sous mes yeux fous, c’est évidence et facétie du destin. J’ai effleuré l’abysse d’une autre vie, j’ai atteint le sous-moi d’une autre qui n’est pas si différente après tout. Pas d’escale, c’est le plongeon. Je m’en remets difficilement. Mon front est une tempête. Je suis couché en mon esquif, voguant sur une mer sans horizon. Ulysse et les sirènes. Je suis attaché impitoyablement au mât écoutant un chant d’inaccessibles richesses. J’ai souffert. Je saigne. Je pleure d’une unique larme sanguinolente, les sept plaies Égypte. Et je me heurte à la tendresse. Plus forte que la mort. J’ai peur d’avoir franchi la limite qu’exigent les convenances. J’ai été trop loin, je m’en veux. Je n’aurais pas dû remuer des choses qui ne semblent pas l’interpeller. Peut-être que sa rationalité l’empêche de voir les choses sous le bon angle de vue. Ou je me suis trompé, mais ça je ne voudrais pas l’admettre…comme je n’admets pas la défaite face à mon propre moi qui ne s’est pas inquiété de mon opinion dans l’affaire.

J’ai en effet perdu le contrôle, chose qui ne m’arrive jamais. J’ai dérapé et je continue d’ailleurs, je m’enfonce un peu plus dans l’erratum, ô méprise. Je ne sais pas pourquoi je la serre un peu plus fort dans mes bras. En la sauvant, je me sauve aussi. Exil de nos cœurs battant à l’unisson. Pourquoi reste-t-elle ? Trois points de suspension. Elle l’ignore sans doute. Je ne devine pas ses intentions. Je ne réfléchis plus comme avant, je ne calcule plus rien, y’a tout qui déconne. La machine ne tourne plus rond. Cette folie douce m’emporte là où les désirs sont des ordres. Mon souhait impérieux est qu’elle demeure là, trempant ma chemise de l’eau d’un lac des douleurs d’avant et d’après. Son liquide lacrymal se déverse sur moi comme une essence de Jouvence. Ce mal est un bien. Pour moi, pour nous. Je partage l’effort de ses sanglots tremblants. Elle me fait comprendre qu’elle est aussi coupable de notre mésaventure. Je pousse un léger soupir de détresse. Je me sens fautif. Je l’ai emmenée avec moi, je n’ai pas su…la protéger ? L’idée me submerge, absurde, incompréhensible. Je me tais encore.

« Vous avez enlevé un bouton à votre chemise ? » J’ai envie d’éclater d’un rire franc, mais au contraire, je forme quelques borborygmes : « C’est-à-dire que…pour…à l’aise…je veux dire…c’est incongru. Trop de tension, vous voyez, vous…Vous. » Voilà, je suis définitivement un idiot. Je passe une main embarrassée sur mes cheveux comme pour les lisser. Cette question me coupe le souffle, ma parole est sordide. Je préfère oublier cet épisode et qu’on passe à autre chose. La vraie raison est qu’en sa présence, je perds mes moyens. Mais ça, évidemment, je ne parviens pas à l’avouer même si cela se lit sur mon visage livide et paniqué.

Je ne suis pas quelqu’un qu’on aime aimer. Il est difficile de s’attacher à des monstres de mon espèce. Oh on regorge de contre-exemples dans les contes, mais ce ne sont que des fabulations hasardeuses pour se purger de ses passions. La vie est tragique. Moi je le clame haut et fort. Je ne suis pas un mal-aimé. C’est juste que je n’ai pas connu les lois de l’attraction qui se renversent d’un seul coup dans un puissant coup de tonnerre. Je n’ai pas connu la marque au fer rouge d’un glorieux caprice du cœur.


Et leurs yeux se rencontrèrent. Je me brûle littéralement à ses pupilles aussi pures que le ciel au-dessus de nos têtes. « Si je m’étais attendue à vivre ça… » Je suis le premier surpris. J’avais certainement envisagé de la mettre en fuite le plus vite possible, au lieu de ça, eh bien…nous voilà dans de beaux draps. Sa main est là, tout près, toute proche. Son contact n’a rien de superfétatoire. Je me fige. Je ferme les yeux pour en apprécier le toucher délicat. Les secondes ont l’air de s’étirer indéfiniment. Elle efface les vestiges d’une mémoire infectée. Elle estompe avec brio l’amertume et le dégoût, la solitude et le fiel. Je suis un homme neuf.

« Ça l’est toujours…mais il n’y a pas que ça qui est douloureux chez moi. » Confession amère que je n’ai pas pu refouler. Physiquement ça ne va pas fort, quant à mes sentiments qui surgissent en cet instant, increvables, décuplés par cette caresse éphémère, tenaces malgré nos différences…Bon sang, je ne réponds plus de moi. Je succombe à l’appel d’une sirène. Est-ce seulement mensonge ? Voile qui nous berce ? Le tableau va-t-il se déchirer, devenir monochrome blanc ? Vais-je rouvrir les yeux et découvrir que tout s’est fané ? Que je suis enchanté depuis le début ? Bien joué, Jafar. Tu t’es laissé abuser avec ton consentement. Hey l’asile c’est par ici.

Ma propre main rejoint la sienne dans un geste aussi naturel qu’imprévisible. Je force un peu le destin. Sa chaleur me réconforte. J’essaye vaguement de garder les pieds sur terre.

« Il ne faut pas perdre espoir pour autant, un pan de l’énigme s’est dévoilé, il faut savoir interpréter ensuite, c’est la partie la plus ardue. Vous ne vous êtes peut-être pas noyée aujourd’hui et maintenant, mais hier et naguère, ailleurs…personne ne sait, vous comprenez ? »

Ma voix est docile. Ma voix est puérile, j’ai l’impression de consoler l’enfant que je n’ai jamais eu. J’ai la sensation de me fourvoyer. Ce n'est plus une enfant. Sa chevelure rayonne, son chagrin fait resplendir ses traits dans l'obscurité ambiante. Ses prunelles vives ne font qu’accélérer le moment où je pencherai tout mon corps dans un seul et même but, saisirai dans un silence factice la nuque vulnérable, encadrerai le visage envoûtant de mes mains ravies d’en finir et presserai mon désespoir tristement contre des lèvres au goût de sel…afin de sceller un pacte muet, une confusion inouïe, une explosion insensée de joie, de peine, d’un désir qu’on ne peut plus contenir. Voilà mon crime, voilà, tu me tues. Pardonne-moi. Je me retire déjà furtivement. J’ai bien trop peur de lire dans tes yeux…ma propre douleur.


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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Lun 11 Fév - 14:29

Lorsque je repris mes esprits et qu’enfin mes sanglots s’estompèrent, la première chose que je remarquai fut le col déboutonné de la chemine de l’antiquaire. Sans vraiment savoir pourquoi, je le lui fis remarquer, un peu à la manière dont on fait remarquer quelque chose d’un peu embarrassant à quelqu’un. « Euh, vous avez la braguette ouverte. » . C’est d’ailleurs sur un ton vraiment très embarrassé qu’il me répondit. Son bégayement était autant attendrissant que suspect. Oh, ce n’est qu’un bouton ! Avais-je envie de lui dire, mais sans parvenir à le faire. « […]vous voyez, vous…Vous. » Je hochai la tête sans pour autant comprendre un traitre mot de ces bredouillements confus. Sujet clos. Il y avait bien plus important que cette histoire de bouton de toute manière. Il y avait ce que j’avais vu de moi et ce que j’avais vu de lui. Il y avait le choc émotionnel et la pénombre des lieux. Il y avait l’incompréhension des pseudos révélations et puis… Il y avait cette larme de sang, hypnotisante autant qu’effrayante.

Le choc de l’aventure me fit d’abord saisir l’incroyable revirement de situation que je venais de vivre. Moi qui avait mis les pieds dans la boutique de monsieur Gold dans le but de – avouons-le à présent – fouiner, voilà que quelqu’un avait fouiné dans mon moi intérieur. Extraordinaire. Je séchai rapidement les larmes qui avaient laissées des traces sur mes joues avant que mes yeux ne se plantent dans ceux de mon interlocuteur. Comme je détestais – et adorais – ça ! Avoir le regard fuyant traduit tellement de choses que l’on préfèrerait garder pour soi : le mensonge, la tristesse, l’embarras. Qu’était-il en train de se produire ? Pourquoi un picotement horriblement merveilleux me tenaillait sous la poitrine ?

Lorsque mes yeux se reposèrent sur son visage, la larme de sang devint encore plus vive qu’au départ, elle semblait… M’appeler. Instinctivement ma main se posa sur sa joue et effaça cette trace synonyme de douleur de la manière la plus douce qu’il soit. Est-ce que, comme le supposait le sang, pleurer cette larme était douloureux ? « Ça l’est toujours…mais il n’y a pas que ça qui est douloureux chez moi. » Je le regardai avec interrogation. Cela m’agaçait tellement de ne pas comprendre où il voulait en venir. Cet homme était tellement mystérieux, tellement intriguant. Malheureusement il y avait plus mystérieux encore : ces souvenirs qui avaient resurgi lors de cette séance d’hypnose ne me disaient rien qui aille. C’était un méli-mélo de n’importe quoi incompréhensible. Peut-être que rien n’avait fonctionné finalement, peut-être que… Sa main se posa sur la mienne qui était toujours posée le long de sa mâchoire. Le contact me fit relever les yeux et la chaleur qui entoura toute la partie supérieure de mon corps m’indiqua que j’étais en train de rougir. De beaucoup rougir. « Il ne faut pas perdre espoir pour autant, un pan de l’énigme s’est dévoilé, il faut savoir interpréter ensuite, c’est la partie la plus ardue. Vous ne vous êtes peut-être pas noyée aujourd’hui et maintenant, mais hier et naguère, ailleurs…personne ne sait, vous comprenez ? » Je hochai lentement la tête, résignée à en savoir davantage. Toutes ces interrogations, ces suppositions, ces mystères commençaient à me monter à la tête. M’hypnose était quelque chose de cruelle. C’était exactement comme si on vous tendait une gourde alors que vous mourriez de soif et que, finalement, celle-ci se trouvait aussi vide et sèche qu’un caillou. La frustration était extrême et j’aurais volontiers donné un coup de pied dans un mur si je n’avais pas eu peur des représailles. En vérité, j’étais à nouveau incapable de bouger.

Je pris soudainement conscience que la pièce était devenue très silencieuse. Trop silencieuse. On entendait simplement nos respiration légèrement saccadée, anormalement proches l’une de l’autre. Sa main sur la mienne n’avait pas bougé, le temps semblait comme… Arrêté. Je n’osais pas même cligner des yeux par peur de… Peur de quoi ? Aucune idée, mais lorsque son corps se rapprocha lentement du mien et que sa main se saisit de ma nuque, un frisson incompréhensible parcourut mon corps tout entier, me forçant à clore les yeux. Quelques secondes plus tard ses lèvres se posèrent sur les miennes et alors que j’aurais pu, que j’aurai le repousser, je laissai aller mon corps et ne fit aucun obstacle à ce baiser des moins attendus. Je venais de prendre conscience qu’en fin de compte, c’est ça que j’avais attendu depuis le début, comme si…Comme si… Trop tard, déjà ce délicieux échange prenait fin.

Je mis plusieurs secondes avant de rouvrir les yeux et quand ce fut le cas, mes doigts se posèrent sur mes lèvres, les effleurant à peine. C’était la première fois que je me faisais embrasser. La sensation des plus agréables avait aussi quelque chose de totalement étrange et presque dérangeant, peut-être parce qu’à chaque fois que j’avais songé « baiser » c’était la tête de Nolan qui m’était apparue et non pas celle d’un inconnu d’au moins vingt ans mon ainé. « C’est quelle étape de l’hypnose ça ? » Demandai-je plus pour moi-même que pour l’apothicaire. Décidemment non, je ne m’étais pas attendu à tout ceci. C’était bien trop d’émotions pour une seule journée, bien plus que je n’avais déjà vécu en plusieurs semaines. Je n’étais même pas sûre de comprendre tout à fait si tout cela avait un sens. La machine mécanique de mon cerveau semblait s’être enraillée.

La pièce sembla se plonger dans une pénombre encore plus prononcée. Un nuage ? La nuit ? J’ouvris des yeux ronds et sautai sur mes jambes manquant de faire tomber tout un tas d’objets dans la précipitation. « Depuis combien de temps je… Nous… » Demandai-je sans même le regarder, tournant la tête de gauche à droite pour trouver un endroit qui m’indiquerait l’heure. Impossible de trouver. Je me mis à marcher précipitamment pour rejoindre la pièce principale de la boutique et dis sans même me retourner. « Vous n’auriez vraiment pas dû. Vous n’auriez pas dû du tout. Vraiment pas. » Je traversai le petit couloir à vitesse éclair, mon cerveau réfléchissant à mille à l’heure. Gold, peinture, Nolan, apothicaire, fouineuse, hypnose, peur, noyade, serpent, baiser.AAAAAAAAAAH j’avais envie de hurler.

Je m’apprêtai à passer le pas de la porte quand une pulsion s’empara de moi, me forçant à lâcher ma main de la poignée. Je fis demi-tour, couru de nouveau et tomba nez-à-nez avec l’apothicaire avant de poser mes lèvres avec fougue sur les siennes. Le baiser ne dura pas très longtemps non plus mais il n’avait rien à voir avec le premier. Pas d’hésitation, pas de tension, pas de question, pas de mauvaise palpitation du cœur. C’était un geste délibéré fait en toute connaissance de cause. La timidité avait quitté le fond de mes yeux et c’est tout naturellement que je lui annonçai, un sourire en coin aux lèvres « Au fait, je m’appelle Aigéan. ».




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MessageSujet: Re: « Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan   Jeu 21 Fév - 23:03





« Parce que c'était Elle... »


Il n’y a pas d’amour. Pas de tendresse. Ni ici ni ailleurs ni nulle part. Je suis une déchirure. Une sécheresse au fond de l’âme. Pas de place pour les futilités sentimentales. On ne joue plus, à bas les masques. Elle est un désir à consommer sans modération. Elle est le chant de détresse, un contrat à durée déterminée. Pas de lendemains pour nous hélas. Nous ne sommes pas oisifs, pas amants, pas amis, seulement transis par une langueur voluptueuse. C’est solitaire et brûlant. C’est une étoile en bord de ciel. Je m’abandonne de plain-pied dans cet enchantement.

« C’est quelle étape de l’hypnose ça ? » J’aurai le temps de regretter, mais plus tard. Déjà tout se perd, le charme s’évapore, le silence à nouveau m’étouffe, c’est mon châtiment. Pis, ce sont les mots qui viennent à manquer en pareilles circonstances. Des mots, des résonances vides, des sons, un vertige. Encore. Je trempe mon regard libertin dans le sien comme pour aller à la rencontre de mon semblable, pour y déceler la même convoitise. Je n’arrive pas à lui répondre. C’est une étape…intermédiaire, exutoire, passagère. Les pendules se sont arrêtées, les communications sont coupées, le temps, ce filou, nous rattrape tout soudain ; comme me rattrape à la gorge la déception et cet insoutenable refus.

« Vous n’auriez vraiment pas dû. […] Vraiment pas. » Je le sais ça, je sais combien vos mots, gente demoiselle, sont effilés, voyez comme ils tranchent nos belles émotions, comme ils saccagent le présent, pas le temps de dire ouf qu’on est déjà assassiné. Elle me devance. Je voulais partir moi aussi, c’est elle qui part avec son dos pour souvenir amer de notre intimité improbable. On ne badine pas avec l’amour. J’obéis à la déraison. Je suis mortifié. Elle est sûrement loin…Mes oreilles bourdonnent d’un galimatias meurtrier qui rappelle à ma mémoire toutes mes fautes. Je me relève difficilement. Je n’ai pas envie de penser. Je n’ai pas envie de pleurer. Mon œil, lui, ne se prive pas. J’essuie le liquide lacrymal carmin avec un mouchoir. La pièce tangue un peu plus. Elle m’a oublié.

Je ferme les yeux douloureusement et frappe du poing le mur le plus proche. Seulement, une palpitation insensée s’empare à nouveau de tout mon être. Une silhouette bien connue se profile dans l’obscurité de mon univers en perdition. Sa course folle m’étourdit. Je n’ai plus la force d’empêcher quoi que ce soit. Cela ne dure qu’un instant et pourtant, un goût d’interdit s’imprime sur mes lèvres. Son nom, enfin, est prononcé. Un brasier en plein océan. J’ai juste le réflexe de lui faire part de mon identité : « Eléazar. Enchanté, Aigéan. » Ce prénom charrie du vin, de la poésie, de la vertu, je m’enivre à sa musique.

Son sourire me purifie. Je lui renvoie le mien de tout mon cœur avant que nos précieuses secondes accordées par quelque divine grâce nous soient promptement arrachées. Time's up.

« Nous nous reverrons. »

Persuasion. Espérance. Vérité. Les mots s'effilochent.
Des yeux, je lui dis adieu.

Spoiler:
 


we all go a little mad sometimes

But what does an eternity of damnation matter to someone who has experienced for one second the infinity of delight ?
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Mais en réalité, je suis
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« Il était une fois une petite fouineuse… » - Eléazar & Aigéan

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